Le Microbiote peut être un partenaire actif à l’immunothérapie

Juil 5, 2026

France Asso Cancer et Peau soutient tous les acteurs qui peuvent à leur niveau aider les patients qui souffrent de cancers cutanés. Le Professeur Lise BOUSSEMART évoque dans ce court article les bienfaits du microbiote dans le cadre des cancers cutanés. Il nous est apparu important de partager cette article sur notre site.

« Je pensais préparer un diaporama. Je ne pensais pas que cela changerait ma pratique médicale… ni ma façon de manger. Depuis le symposium que j’ai présenté au congrès du GROUM le 18 juin dernier, je ne donne plus tout à fait les mêmes conseils à mes patients atteints de cancer. Et je dois l’avouer : je ne fais plus non plus mes courses comme avant. J’avais été chargée, avec le soutien de Regeneron et du bureau du GROUM, de réaliser une revue approfondie de la littérature sur le microbiote intestinal et la réponse à l’immunothérapie dans les cancers cutanés.

Avec mon étudiante en thèse Nadia Ikhlef, nous avons analysé près de 240 publications scientifiques. Malgré des méthodologies, des équipes et des populations différentes, un constat s’est imposé : la diversité du microbiote intestinal est très souvent associée à une meilleure réponse à l’immunothérapie.

Un autre résultat m’a frappée. Un même acteur revient de façon récurrente dans les études les plus solides : Faecalibacterium prausnitzii, une bactérie de la famille des Ruminococcaceae (Chaput Ann Oncol 2017 ; Gopalakrishnan Science 2018 ; Spencer Science 2021 ; McCulloch Nature Medicine 2022 ; Simpson Nature Medicine 2022…). Ces travaux convergent vers un rôle potentiel de cette bactérie dans la qualité et la durabilité de la réponse immunitaire, notamment par la production d’acides gras à chaîne courte.

La question devient alors très simple : peut-on favoriser son développement ? La transplantation de microbiote fécal est une piste déjà évaluée dans plusieurs essais cliniques. Mais il existe aussi des leviers beaucoup plus accessibles. Faecalibacterium prausnitzii se nourrit principalement de fibres végétales et d’amidon résistant, que l’on retrouve notamment dans les pâtes, le riz ou les pommes de terre après refroidissement.

L’activité physique semble également favoriser un microbiote plus diversifié. Pendant longtemps, lorsque mes patients me demandaient ce qu’ils pouvaient faire eux-mêmes pour optimiser leurs chances de répondre au traitement, je répondais : « Mangez équilibré et gardez une activité physique. »

Aujourd’hui, j’ajoute presque toujours : veillez aussi à nourrir votre bon microbiote. Bien sûr, l’alimentation ne remplace jamais les traitements anticancéreux. Mais lorsqu’un facteur de mode de vie est soutenu par un faisceau d’arguments scientifiques aussi convergent, il me paraît légitime d’en discuter avec nos patients. Cette revue a également changé certaines de mes habitudes. Je mange davantage de fibres, plus de légumineuses, et je regarde différemment une assiette de pâtes refroidies.

Enfin, un point important : les probiotiques ne contiennent pas Faecalibacterium prausnitzii, à ne pas confondre! Je suis oncodermatologue, pas microbiologiste, ni nutritionniste. Mais cette revue de littérature m’a convaincue que le microbiote est en train de devenir un véritable partenaire de l’immunothérapie. Il me semble qu’il est temps que nous en parlions davantage avec nos patients. »

Merci pour ce partage de connaissances.

Pr Lise BOUSSEMART CHU de Nantes