Juillet 2022 – La détection d’un mélanome au stade de début et son traitement rapide sont reconnus comme essentiels pour le pronostic de la maladie ; ils permettent en effet d’espérer une évolution favorable et une guérison. L’examen à l’œil nu de la lésion suspecte n’est souvent pas suffisant mais depuis plusieurs années l’utilisation d’un dermatoscope (instrument comprenant un système grossissant et une source de lumière) apporte une aide supplémentaire au dermatologiste dans le diagnostic des tumeurs de la peau.
Malheureusement cette technique reste aussi imparfaite et l’on constate que beaucoup de lésions sont retirées chirurgicalement parce que suspectées d’être des mélanomes alors qu’elles étaient tout à fait sans danger.
Une nouvelle possibilité s’offre aux dermatologistes : c’est de recourir, en cas de doute, à la microscopie confocale par réflectance (MCR) basée sur l’illumination par un laser. Grâce à cet outil, les lésions peuvent être vues avec un très fort grossissement, comparable à celui du microscope utilisé pour examiner une tumeur enlevée chirurgicalement…sauf que dans le cas présent il n’y a pas d’intervention, l’appareil étant simplement posé sur la peau. Ainsi peut-on discerner des détails…microscopiques à l’échelle de la cellule. Une « biopsie » sans incision en quelque sorte.
Pour vérifier l’utilité de cette technique, une étude a été menée en Italie dans trois centres universitaires d’Emilie Romagne entre janvier 2017 et décembre 2019. Elle a concerné 3 165 patients qui présentaient tous des lésions suspectes lesquelles ont été enlevées chirurgicalement soit immédiatement soit après un délai de surveillance numérique plus ou moins long. La moitié de ces patients avaient été examinés de manière classique (dermatoscope), tandis que les autres avaient eu en plus un examen en MCR.
Les conclusions des examens effectués par dermatoscope seul et par dermatoscope + MCR ont été confrontées avec les observations de l’analyse au microscope de la lésion après qu’elle a été enlevée chirurgicalement. Un mélanome a été identifié dans 572 lésions opérées. Il est apparu que recourir à la MCR est plus performant qu’utiliser la dermatoscopie seule pour reconnaître un mélanome avec un risque de confusion entre les lésions bénignes et les lésions malignes diminué. Outre l’assurance d’une plus grande exactitude diagnostique, cette technique émergente laisse espérer de réduire le nombre de chirurgies inutiles c’est-à-dire le nombre de cas où l’on opère des lésions bénignes. Cela aurait un effet positif sur l’anxiété des patients mais aussi en termes de coût pour la santé.
La MCR est donc très prometteuse. Mais, bien qu’elle soit proposée depuis 2005, peu de centres sont équipés en France. Il est vrai que le coût en est élevé, avec des problèmes de prise en charge par l’assurance maladie et de plus la formation des praticiens à cette technique est longue avec peu de disponibilités.
Dr Marie-Line Barbet
Pellacani G et coll. : Effect of Reflectance Confocal Microscopy for Suspect Lesions on Diagnostic Accuracy in Melanoma: A Randomized Clinical Trial.
JAMA Dermatol., 2022;158(7):754-761. doi: 10.1001/jamadermatol.2022.1570.
Quelques centres disposant de la MCR en France :
Dermatologie, Hôpital Saint Vincent de Paul, Groupement des Hôpitaux de l’Institut Catholique de Lille, Lille
Dermatologie oncologique, Hôpital Robert Debré, CHU de Reims
Dermatologie et Cancérologie cutané, Hôpital la Timone AP-HM, Marseille
Dermatologie, CHU de Dijon
Dermatologie, CHU de Nantes
Dermatologie, Hôpital Saint Louis AP-HP, Paris
Dermatologie, Hôpital Henri Mondor AP-HP, Créteil
Dermatologie, CHU de Clermont-Ferrand
Dermatologie, Hôpital Lyon Sud, CHU de Lyon
Dermatologie, Hôpital Nord, CHU de Saint-Etienne
Dermatologie, Hôpital l’Archet, CHU de Nice, France